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« Solitude » de Manopolo, le blues dans la voix

Les deux amiénois de « Manopolo » composent ensemble depuis leur rencontre à l’adolescence. Quelques mois après la sortie de leur premier album, Manoah nous donne les clés de leur univers entre jazz et blues.

Manoah et Paul, les deux artistes derrière Manopolo
Manoah et Paul, les deux artistes de Manopolo

Premier album

Manoah voulait « faire quelque chose » de sa voix, Paul jouait du jazz. Ils se sont connus dans les bands du collège, avant de créer le duo Manopolo et de se faire connaître, « de fil en aiguille », dans les bars d’Amiens. L’amitié des deux musicien.ne.s a récemment mené à la sortie de leur premier album Solitude, véritable ode à la paix intérieure aux accents blues.

Sur Soundcloud, plus de traces de Billie, premier EP du duo sorti à la fin du confinement au printemps 2020. Les contours blancs et noirs de l’album, produit et réalisé de manière indépendante, ont remplacé le visage rose sur fond bleu électrique des projets passés. Chaque nouveau projet marque une nouvelle phase de leur évolution musicale, entre le Pokémon et l’insecte en mue, plaisante Manoah. 

Entre jazz, blues et hip-hop

Au fil des titres, les textes de Manoah nous emmènent le long de leur parcours, tracé entre Amiens, Paris et Lille. Sur Pleure et Tombe, une voix grave égrène un poème profond, et tire un portrait acerbe du quotidien.  Manoah l’a écrit à 15 ans. Torturée ? « On l’est tous un peu, au collège, non ? », rétorque la parolière autodidacte. Loosing s’ouvre sur les rires d’un soir de fête, qui se perdent dans le blues du piano. C’est l’époque de Lille, des soirées étudiantes arrosées, où la solitude vient souvent s’incruster. 

Alone, rayon de soleil jazz, tranche paradoxalement avec la mélancolie de l’album. Percussions et saxo accompagnent la chanteuse pour raconter la sérénité intérieure retrouvée pendant le confinement. Manoah décrit une paix spirituelle, la conscience d’un soi-même puissant au milieu de l’isolement. L’album alterne entre pistes courtes et titres de jazz en longueur, résultats d’un travail de coupes et de découpes à l’ordinateur dans les longues improvisations de Paul au piano.

Nouveaux EPs et premier festival

Parfaits miroirs de son style à tiers-chemin entre jazz, blues et hip-hop, les références de la jeune chanteuse vont de Kendrick Lamar à Etta James, en passant par Billie Holiday. Paul joue les Leister Young au saxophone sur quelques titres et le violoncelliste Matthieu Chamblas fait résonner la mélodie de Window Is Open. Là aussi, Manoah s’est servie dans les grandes plages d’improvisation de mélodies envoyées par leur ami pour créer un patchwork de phrases musicales profondes, soutenues par le piano.  

Depuis Solitude, le duo a sorti deux nouveaux singles : Empty Space and Cigarette et Spark, « quatrième phase » de leur évolution musicale et nouvelle part de leur histoire. Manoah hésite avant de se lancer dans l’explication de texte de Spark, exutoire de peines de cœur récentes. L’histoire est celle d’un trio devenu dangereux malgré elle, d’un polyamour difficile à faire accepter. 

“Unbearable me
I’m crippled on my bed
I won’t give you up
and then I’d never hurt you
But what I bring to you ?”

chante Manoah entre deux “I’m sorry” lancinants

Sur scène, le duo a abandonné les prods préenregistrées, par-dessus lesquelles Manoah enchaînait des morceaux aux accents hip-hop. Ils jouent à nouveau en live, guidés par leurs envies et une incertitude prodigue, au moment de la représentation. « À chaque fois que je suis devant le micro, je ne sais pas ce qui va sortir », dit Manoah. 

Une authenticité qui s’avère convaincante : le duo a décroché ses premières dates de festival sur Minuit avant la nuit le 10 juin dernier à Amiens, où ils ont retrouvé leur place. Pleine d’indépendance et de liberté, Manoah se dit « bien dans son monde ». En écoutant sa voix et les mélodies de Paul, on a très envie de rester dans le leur.

En savoir plus sur Manoah :

Manoah, artiste de Manopolo
Manoah en concert

Après une enfance bercée par la soul et le jazz, Manoah rencontre Paul dans les « bands » (groupes de musique jazz) de son collège. Sa participation à un télécrochet à 17 ans lui montre, entre autres, les contraintes auxquelles elle ne veut pas être soumise. Un an après, Manopolo voit le jour. Soutenu par le programme « Objectif Lune » de la scène culturelle « La lune des pirates », le duo sort un EP, Billie, en 2020. Paul et Manoah s’installent alors à Lille, où ils oscillent entre petits jobs et musique pour financer la production d’un album. Résultat de ces mois entre isolement et réflexion, Solitude est sorti à l’automne 2022. 

Un article par

Gabrielle

Gabrielle

Journaliste et co-fondatrice de Toustes Un Art, j'écris entre deux voyages en train à travers l'Europe

Couverture du livre Là où chantent les écrevisses
Littérature

Là où chantent les écrevisses, ou le mythe de la femme sauvage revisité

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