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Zanele Muholi, photographe et activiste visuel·le sud-africain·e

« Produire, éduquer, diffuser » c’est la devise et le but autour desquels Muholi construit ses expositions depuis 2004 ainsi que dans son association Inkanyiso qu’iel a fondée en 2009. Mêlant documentaires, portraits, autoportraits, son travail documente la vie de la communauté noire LGBTQIA+ et des individus qui la constituent. On a pu la·e découvrir avec joie sur Paris (moi y compris) du 1er février au 21 mai 2023 à la Maison Européenne de la Photographie (MEP). 

Vue de l'exposition de Zanele Muholi au IVAM Centre Julio González, 2022

Reconnu·e aujourd’hui pour des projets comme Faces and Phases (2006 – ) qui met en avant dans leur diversité et leur singularité, le courage et la dignité des personnes qui ont fait face à de nombreuses discriminations ou qui ont été victimes de crimes de haine. L’artiste cherche à impliquer dans sa création des personnes queers et racisées avec une approche collaborative, en les invitant à choisir les lieux, vêtements et la pose adoptée. Rendant les participant·es actif·ves dans l’œuvre, et en les capturant également à différents moments de leurs vies.

J’ai particulièrement apprécié mon moment passé dans l’exposition, avec une remise en contexte de la situation politique passée et actuelle (illustrée par des photographies, certaines qui retranscrivent la période de l’apartheid et son aboliton – dont certaines de Jürgen Schadeberg, quelques une étant mythiques aujourd’hui – Nelson Mandela en tenue de prisonnier dans la cellule dans laquelle il est resté détenu politique 27 ans). 

La diversité et la quantité des sujets abordés dans le travail de Muholi est impressionnante lorsqu’elle est concentrée dans un seul lieu. On pose nos regards sur des événements publics et plus personnels qui rendent compte du quotidien vécu par la communauté queers : avec des mises en lumières des enterrements festif traditionnel de personnalités queers, des concours de beauté queers, des marches des fiertés, ou les révoltes suite aux vagues de « viols correctifs » dont de nombreuse lesbiennes ont été victimes. J’ai particulièrement été touché·e par une série de photographies mettant en lumière des morceaux de vie intime, des photographies de couples, ou de personnes trans qui enlèvent leur binder fait de bandages, qui sont des photographies où on est souvent dans l’incapacité de donner un genre au corps montré. On dévoile ou non l’identité des modèles dans ces clichés, mais Muholi y certifie leur existence.

Zanele Muholi Qiniso, The Sails, Durban 2019 © Zanele Muholi Courtesy of the Artist and Stevenson, Cape Town/Johannesburg and Yancey Richardson, New York

C’est en se tournant vers l’autoportrait que Muholi appuie encore sa solidarité avec la communauté, iel a par ailleurs dit « Je travaille sur des contenus que nous produisons sur nous sans dépendre de soi-disant experts » (citation présente dans le livre “The Self-Portrait” de Nathalie Rudd et dans un article du journal ARTnews). Sa série d’autoportraits porte le nom de Somnyama Ngonyama qui signifie « Salue la lionne noire », dans cette série Muholi fait preuve d’un éventail d’alter ego en utilisant des objets du quotidien pour créer des transformations de fortune étonnantes, qui dénonce aussi une servitude domestique à travers des objets comme des pinces à linge ou des gants en caoutchouc.

Beaucoup de ses tenues font référence à des costumes traditionnels. Iel prend aussi parti de mettre en avant sa couleur de peau avec des techniques de post-production pour l’intensifier afin de  jouer sur des contrastes percutants et mettre en avant une beauté qui impressionne dans une salle d’expo sur des impressions immenses. Tout son travail a pour but d’aller au-delà des préoccupations individuelles pour aller vers une expérience collective et la retranscription d’un désir de changement partagé.

            Article par Linh LACOSTE (elle/il/iel)

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Événement (terminé) à la MEP : https://www.mep-fr.org/event/zanele-muholi/  

Site de l’association Inkanyiso : https://inkanyiso.org/  

Page Instagram : @muholizanele

Autres « activiste visuels » similaires : Sandisiwe Dlamini, Beverlea Palesa Ditsi 

Sources : le site de la MEP, The Self-Portrait de Natalie Rudd, le site de l’AWID (Association pour les droits des femmes dans le développement), le site AWARE (Archives of Women Artists Research and Exhibitions)

Linh

Linh

Grand·e amateur·ice d'expo et militant·e, vous me retrouverez principalement en tant que rédacteur·ice dans la catégorie Arts Visuels !

Couverture du livre Là où chantent les écrevisses
Littérature
Mathilde B.

Là où chantent les écrevisses, ou le mythe de la femme sauvage revisité

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